Un clin d’oeil pour Ti-Lulu

Il fait juste un peu trop soleil pour parler de choses sérieuses comme un gun sur une tempe et bang good-bye mon père. Mais ça fait 6 ans aujourd’hui. Je me surprends moi même d’y avoir pensé cette année. Il fait juste trop beau pour écrire le mot qui commence par « sui » et fini par « cide », parce que je sais qu’il y en a qui google ce mot, qui cherche le mode d’emploi et je n’ai pas envie de le savoir, je n’ai pas envie que de gens arrivent ici en tapant ce mot, pas aujourd’hui en tout cas. Je préfère m’enterrer la tête dans le sable jusqu’au nombril. J’m’assume, sti! Il faisait soleil aussi il y a 6 ans, il me semble, quand on était allées bummer une clope à l’infirmier dans la cours de l’hôpital moi et ma soeur. Mon chum avait trouvé que c’était une bonne excuse pour recommencer à fumer. You bet, mon pet! Il y a 6 ans, vers cette heure-ci, il voulait pas arrêter de respirer Ti-Lulu. Il a fallu que je lui parle dans l’casse, que je lui dise d’arrêter de faire le cave et de décrocher pour de bon… au point ou on en était. Pas question de me taper un père légume ou dans le coma pour les 30 prochaines années. Il n’en est juste pas question. Pour une fois, il a écouté. Il a lâché prise. Mort cérébrale déclarée. Soulagement général.

6 ans… ça commence à faire un bail.
Aujourd’hui il fait soleil et j’avais envie de te dire bonjour, tout simplement.

Y a des matins…

Y a des matins où en regardant mon journal, je me dis que je n’ai pas envie de savoir que l’accident n’en était peut-être pas un. Que c’est peut-être un pied volontairement appuyé sur un accélérateur qui a causé l’impact qui fut fatal à un père de famille, de quatre jeunes filles. Ces matins-là, le décaf rentre de travers. Ces matins-là, je me souviens combien c’est difficile d’annoncer à son chum, à sa meilleurs amie que son père s’est suicidé. Je me souviens des regards, du malaise des autres à gérer, des commentaires cons. Et je sais que les mots « Fille du suicidé » restent à jamais, comme étampés dans le front.
Et voir ça à la une des journaux le matin… c’est multiplié par 100 000 le choc. Ça doit être juste trop.

Mesdemoiselles Sauvageau, serrez les dents bien fort pour les prochaines semaines. Quand la poussière sera retombée, vous pourrez panser vos coeurs.

Bonne fête, vieux fou!

Aujourd’hui, Fête des pères. Demain, 19 juin, ta fête. Tu aurais eu 53 ans, si je me souviens bien. Tu m’excuseras, j’ai encore oublié l’anniversaire de ta mort cette année. Bah, on s’en fiche! Je préfère me souvenir de toi en train de souffler des bougies que venant de te faire sauter la cervelle. Tu étais plus beau ta cigarette au bec que couché dans des draps bleus avec un trou sur le côté de crâne. Et puis, tu oublierais toi-même cette date, je suppose, tout comme ta fête, et la mienne! Des détails insignifiants, de toute façon. Je sais que je me fais juger depuis ta mort par mon comportement. Pourtant, j’agis totalement en pensant à toi, selon ta logique à toi. C’est ma façon à moi de te rendre un dernier hommage. Je n’ai pas pleuré quand tu es mort. Je me suis tenue droite comme une barre, j’ai pris tout en charge, j’ai fait mon petit discours à la messe… la messe… brrrr… c’est bien pour faire plaisir à tes sœurs que j’ai accepté ça! Toujours est-il que tu avais choisi ton heure, qui étais-je moi pour pleurer?? Pleurer ta détresse passé, oui, peut-être. Mais ta mort, ta délivrance. Non! Désolée, moi j’étais plutôt soulagée. Pas contente, non, faudrait pas charrier, j’ai déjà l’air assez sans cœur comme ça! Je ne me suis jamais sentie coupable, non plus, contrairement au reste de la famille. Moi, je les avais réglées mes affaires avec toi. J’étais en paix avec le passé.
J’ai eu une pensée pour toi quand j’ai appris que j’étais enceinte. Tu aurais capoté raide d’apprendre ça. Un p’tit gars en plus, qui a ton regard malicieux et ton p’tit crisse de sourire. J’imagine quelles frivolités tu lui aurais enseignées… Les mêmes qu’à moi je suppose! J’aurais aimé ça qu’il te connaisse. La blonde à ‘Gex avait écrit dans ton « livre-de-mort » qu’avant de te connaître, elle n’avait pas tout à fait compris ce qu’était « l’esprit gaspésien ». C’est ce que tu aurais montré au Babe et que je m’efforcerai de mon mieux de lui enseigner moi-même. Lui aurais-tu envoyé de la drogue pour sa fête à lui aussi? Héhé, c’était toujours une surprise de recevoir un colis embaumant le cannabis à 5 mètres à la ronde… pas suspect du tout!!! Vieux fou!
Je garde de toi que les belles choses. J’ai enterré le reste avec toi, ton chapeau à grand bord, ta carte de construction et une de tes flèches. J’ai encore un peu de cendre qui traîne quelque part dans ma chambre. Je vais essayer de penser de faire ce que je voulais faire avec : la moitié dans la mer, l’autre moitié en dessous d’un arbre. Quand je regarde la mer à perte de vue, je sais que je la vois avec tes yeux. J’ai décidé d’être libre, même si c’est du fake et que contrairement à toi, je ne le suis pas vraiment. Sauf que moi, je suis encore là. La vie n’était pas assez grande pour toi. Pour moi, ça va! J’ai toujours un petit bout qui doit me venir de maman et qui me ramène sur terre une fois de temps en temps. J’ai décidé d’avoir la délinquance joyeuse, mais en version soft. Je pense à toi quand ça sent la scie mécanique ou le gaz à ski-doo. Quand le ciel est bleu et que la journée serait parfaite pour prendre le large. Quand je vois un vieil anglais qui fait dur dans le Vieux et que je t’entends me chuchoter à l’oreille : « Le tourisss’ est laid c’t’année » ou en voyant un garçon un peu enveloppé : « Beau jeune homme, mais gras un peu! ». Je pense à toi chaque fois que j’entends « Le cœur est un oiseau » chanté si bien par Desjardins. J’en ai fait écrire des bouts sur ta carte-de-mort et sur ta pierre tombale :

Ce n’était
Qu’un orage
Ce n’était
Qu’une cage
Tu reprendras
Ta course
Tu iras
À la source
Tu boiras
Tout le ciel
Ouvre tes ailes.
Liberté
Liberté
Li
Ber
Té!

Bonne fête Ti-Lulu. Mon père indigne. Mon délinquant. Mon suicidé. Mon vieux fou. J’irai fumer un joint sur ta tombe.